Consommation énergétique en Algérie: Le plaidoyer d’un ancien ministre
L’Algérie fait face à un modèle de consommation énergétique jugé « atypique », dont les déséquilibres structurels menacent la pérennité. Pour y remédier, Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l’Énergie et ex-PDG de Sonatrach, plaide pour une réforme reposant sur quatre axes : l’efficacité énergétique, la sobriété énergétique, l’accélération du développement des énergies renouvelables et la réforme progressive des politiques de soutien à l’énergie afin d’encourager une consommation plus rationnelle.
Intervenant lors d’une table ronde organisée par l’Association nationale « Club Energy » autour du thème « Quel modèle de consommation énergétique algérien ? », Abdelmadjid Attar a dressé son constat sur le système énergétique national. Il a notamment mis en évidence une répartition de la consommation qu’il juge peu favorable à la création de richesse. Ainsi, le secteur industriel, principal moteur de croissance dans les économies développées, ne représente que 24 % de la consommation finale d’énergie en Algérie.

Plus révélateur encore, l’industrie manufacturière hors secteur minier n’en absorbe que 17 %. À l’inverse, les ménages concentrent près de 47 % de la consommation finale. Une situation que l’ancien ministre considère comme atypique à l’échelle internationale. « Nous consommons massivement l’énergie là où elle ne génère pas de valeur économique », a-t-il souligné, estimant que cette configuration réduit l’impact économique des importantes ressources énergétiques du pays.
L’expert a également rappelé que l’Algérie affiche des taux de raccordement parmi les plus élevés au monde, avec 99 % de couverture électrique et 68 % pour le gaz naturel. Si cette performance constitue un acquis social majeur, elle s’accompagne d’une hausse continue des besoins énergétiques et d’un coût budgétaire de plus en plus important lié aux mécanismes de soutien public.
Les données présentées sur la période 2013-2024 mettent en évidence une tendance préoccupante : la consommation nationale progresse beaucoup plus rapidement que la production d’hydrocarbures. Selon Abdelmadjid Attar, la consommation intérieure de gaz naturel a augmenté de près de 48 % en dix ans. Dans le même temps, la production gazière montre des signes d’essoufflement, tandis que la production pétrolière demeure inférieure à son niveau de 2013. Cette évolution est d’autant plus sensible que le gaz naturel occupe une position dominante dans le mix énergétique national. Entre la consommation directe de gaz et l’électricité produite à partir de cette ressource, près de 85 % de l’énergie distribuée dans le pays repose sur le gaz.
« Si la demande continue de progresser au même rythme, les ressources gazières conventionnelles disponibles seront principalement orientées vers le marché intérieur dans les prochaines années », a averti l’ancien ministre. Abdelmadjid Attar identifie également trois grands défis à relever à l’horizon 2045. Le premier concerne l’électricité. Les projections indiquent que la demande nationale pourrait atteindre 138 térawattheures en 2035, contre environ 80 térawattheures en 2021, soit un besoin supplémentaire de près de 58 térawattheures.
Dans ce contexte, il estime que le programme national prévoyant 15 000 MW d’énergies renouvelables demeure insuffisant, puisqu’il ne permettrait de produire qu’environ 23 térawattheures. « Les objectifs doivent être revus à la hausse et portés à au moins 30 000 MW », a-t-il préconisé. Le deuxième défi concerne le gaz naturel. Les scénarios établis à partir des projections de Sonelgaz et de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG) montrent que la consommation intérieure pourrait atteindre entre 64 et 105 milliards de mètres cubes à l’horizon 2045, contre près de 47 milliards actuellement.
Dans l’hypothèse d’une forte relance économique, les besoins nationaux pourraient même correspondre à l’équivalent de la production gazière annuelle actuelle du pays, ce qui réduirait fortement les volumes destinés à l’exportation. Le troisième défi porte sur les carburants. Leur consommation a atteint près de 19 millions de tonnes équivalent pétrole en 2024, un niveau qui n’était initialement attendu qu’en 2030. Si cette tendance se poursuit, les besoins pourraient s’élever à 34 millions de tonnes équivalent pétrole en 2045, ce qui exigerait une mobilisation considérable des capacités nationales de raffinage.
Par Selma R.
