Numérisation, rail et compétences nationales: Les nouveaux leviers de la stratégie économique
Le Conseil des ministres réuni, hier dimanche, sous la présidence du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis en lumière plusieurs dossiers stratégiques dont la portée dépasse largement le cadre administratif. Entre numérisation, infrastructures ferroviaires, mobilisation des compétences nationales à l’étranger et valorisation du patrimoine, les décisions prises traduisent une volonté affirmée de consolider les fondements d’une économie plus compétitive, plus transparente et davantage tournée vers l’exportation.
Dès l’ouverture de la réunion, le chef de l’Etat a salué la sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), une décision considérée comme un tournant majeur pour l’attractivité économique du pays. Cette reconnaissance internationale constitue, en effet, un signal fort adressé aux investisseurs étrangers, aux institutions financières internationales et aux partenaires économiques de l’Algérie.
Pour le président Tebboune, cette avancée marque la rupture définitive avec les pratiques qui avaient terni l’image financière du pays avant 2019. Elle vient surtout consacrer les réformes engagées ces dernières années dans les domaines bancaire, financier et judiciaire afin de renforcer la transparence des transactions, lutter contre le blanchiment d’argent et améliorer la gouvernance économique.
Dans cette perspective, le président de la République a demandé aux ministres des Finances et de la Justice de poursuivre leurs efforts avec davantage de rigueur afin de prévenir tout dépassement futur et de préserver la crédibilité financière retrouvée de l’Algérie. Un enjeu essentiel à l’heure où le pays cherche à attirer davantage de capitaux, à développer ses exportations hors hydrocarbures et à renforcer son intégration dans les circuits économiques internationaux.
Autre axe majeur abordé lors du Conseil : la numérisation de l’administration. La mise en service effective du Portail national des services numériques s’inscrit dans une stratégie de modernisation de l’Etat visant à réduire les coûts de fonctionnement, améliorer la qualité des services publics et rationaliser les dépenses. Au-delà de la simplification des démarches administratives pour les citoyens et les entreprises, la transformation numérique est perçue comme un puissant levier de croissance. Elle doit permettre d’améliorer la collecte des données économiques, de réduire les délais administratifs, de renforcer la transparence et de limiter les opportunités de fraude et de corruption.
Le président Tebboune a également insisté sur l’élaboration de la carte sociale nationale avant la prochaine rentrée sociale. Ce projet devrait permettre un ciblage plus efficace des aides publiques et une meilleure orientation des ressources budgétaires vers les populations réellement éligibles, contribuant ainsi à une gestion plus efficiente des dépenses sociales.
Sur le plan des infrastructures, le projet ferroviaire reliant Laghouat, Ghardaïa et El Meniaa a occupé une place centrale dans les discussions. Le président de la République a ordonné l’accélération du lancement des différents chantiers de cette ligne considérée comme stratégique pour le développement économique du Sud algérien.
Cette infrastructure devrait jouer un rôle déterminant dans le désenclavement de vastes territoires, la réduction des coûts logistiques et la fluidification des échanges commerciaux. Les retombées attendues concernent également la création de milliers d’emplois directs et indirects durant les phases de réalisation et d’exploitation.
Le raccordement futur de Hassi Messaoud à cette ligne revêt une importance particulière. Il permettra d’optimiser le transport des produits énergétiques et industriels, tout en accompagnant l’entrée en service prochaine de la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud. Cette connexion devrait renforcer les capacités d’exportation du pays et améliorer la compétitivité des productions nationales sur les marchés internationaux.
Le Conseil des ministres a également approuvé la création d’un Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger. Placé sous l’autorité de la Présidence de la République et doté d’une autonomie administrative et financière, cet organe vise à mobiliser le potentiel considérable des compétences algériennes établies à travers le monde.
Cette initiative s’inscrit dans une logique de transfert de savoir-faire, d’innovation et de modernisation technologique. Dans un contexte de transition économique, l’expertise de chercheurs, ingénieurs et universitaires algériens exerçant dans les plus grands centres de recherche internationaux constitue un atout stratégique pour accélérer le développement industriel, numérique et scientifique du pays.
Par ailleurs, la création d’une Agence nationale d’archéologie traduit une approche nouvelle de valorisation du patrimoine comme ressource économique. Dotée du statut d’établissement à caractère industriel et commercial, cette structure aura pour mission de développer les activités de recherche et d’exploration archéologiques tout en renforçant la protection des sites historiques.
Au-delà de sa dimension culturelle, cette démarche ouvre des perspectives importantes pour le tourisme patrimonial, secteur appelé à devenir l’un des piliers de la diversification économique nationale. La découverte et la mise en valeur de nouveaux sites pourraient générer des investissements, favoriser l’activité touristique et créer des emplois dans plusieurs régions du pays.
Enfin, le président Tebboune a donné des instructions pour la création d’une société algéro-chinoise chargée du nettoyage des ports algériens. Cette décision s’inscrit dans une vision plus large visant à préparer les infrastructures portuaires nationales à l’augmentation des flux commerciaux et à la montée en puissance des exportations minières.
L’extension du port d’Annaba, combinée à la future ligne ferroviaire minière reliant la mine de Bled El Hadba à Oued Kebrit puis au port, constitue l’un des maillons essentiels de la stratégie nationale de valorisation du phosphate. Ce projet devrait permettre à l’Algérie de renforcer sa présence sur les marchés internationaux des engrais et des produits dérivés, tout en générant des recettes substantielles en devises.
Par Réda Hadi
