Refonte du modèle de consommation énergétique: Ce que recommandent les experts
Face à une demande énergétique qui progresse à un rythme soutenu et à une facture de subventions de plus en plus lourde pour les finances publiques, la mise en place d’un nouveau modèle de consommation énergétique s’impose avec acuité. C’est notamment ce que des experts ont recommandé hier lors d’une table ronde organisée à Alger par le Club Energy sous le thème : « Quel modèle de consommation énergétique algérien ? ».

En effet, les intervenants étaient unanimes à dire que le système actuel a atteint ses limites, d’où la nécessité de procéder à une transformation graduelle mais profonde du modèle de consommation énergétique algérien afin de préserver les capacités d’exportation du pays et de garantir sa sécurité énergétique à long terme. Ouvrant les débats, Mustapha Mekideche, président de la commission scientifique, technique et économique du Club Energy, a estimé que l’Algérie se trouve à un tournant décisif. Selon lui, le modèle actuel, fortement soutenu par les subventions publiques, atteint progressivement ses limites.
« La question des subventions significatives du Trésor public impose d’importants défis à moyen et long termes », a-t-il souligné, rappelant que la croissance continue de la demande nationale nécessite des volumes énergétiques toujours plus importants ainsi qu’un effort budgétaire croissant.
Pour l’ancien vice-président du CNES, la problématique ne se résume pas à produire davantage d’énergie, mais consiste à rationaliser sa consommation afin de préserver les ressources destinées à l’exportation. Pour cet expert, le dossier est épineux, nécessitant une gestion transparente et une mobilisation générale.
Pour sa part, la directrice de recherche au Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), Razika Kharchi, a consacré son intervention au secteur résidentiel, considéré comme l’un des principaux foyers de consommation énergétique.
Son constat est sans appel : de nombreux programmes de logements réalisés ces dernières années n’ont pas respecté les exigences de la réglementation thermique nationale. « Le non-respect de l’isolation de l’enveloppe des bâtiments a entraîné d’importantes pertes thermiques », a-t-elle expliqué.
Ces déperditions poussent les ménages à multiplier les équipements de climatisation et de chauffage pour atteindre un niveau de confort acceptable. « Plus les pertes thermiques sont importantes, plus les besoins énergétiques augmentent », a-t-elle indiqué, évoquant les installations parfois excessives de climatiseurs observées dans plusieurs quartiers urbains.
Pour remédier à cette situation, elle a préconisé l’application stricte des normes d’isolation thermique, l’utilisation de matériaux performants, une meilleure orientation des bâtiments ainsi que le recours au double vitrage.
L’experte a également présenté plusieurs réalisations pilotes du CDER démontrant qu’il est possible d’atteindre un confort thermique élevé sans recourir massivement à des équipements énergivores. Elle a enfin appelé à renforcer les campagnes de sensibilisation, estimant que la transition énergétique ne pourra réussir sans l’adhésion des citoyens.
Par ailleurs, pour Mohamed Zighed, enseignant-chercheur à l’Institut algérien du pétrole, l’efficacité énergétique constitue aujourd’hui le levier le plus rentable pour répondre aux défis énergétiques du pays. Rappelant que l’industrie absorbe près de 28 % de la consommation nationale de gaz naturel, il a souligné que toute amélioration de l’efficacité énergétique dans ce secteur aurait un impact économique immédiat. « Le premier gisement à exploiter n’est pas un nouveau champ gazier, mais l’énergie que nous gaspillons chaque jour », a-t-il résumé.
L’universitaire a insisté sur quatre enjeux majeurs : préserver les réserves nationales d’hydrocarbures, améliorer la compétitivité économique, réduire les dépenses énergétiques et répondre aux nouvelles exigences environnementales internationales. Il a notamment attiré l’attention sur le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), qui imposera progressivement aux exportateurs de réduire l’empreinte carbone de leurs produits. Pour atteindre ces objectifs, l’intervenant a recommandé la généralisation des audits énergétiques, la récupération de chaleur industrielle, la cogénération et l’intégration systématique de la performance énergétique dans les indicateurs de gestion des entreprises.
« Chaque mégawatt économisé est un mégawatt exportable »
Nacer Ghreffou, CEO d’Algeria Smart Grid, a de son côté alerté sur les conséquences économiques de la hausse continue de la consommation intérieure. Dans sa communication intitulée : « Modèle de consommation énergétique, énergies renouvelables, Smart Grid : les pistes d’avenir pour le cas algérien ? », l’intervenant a rappelé que l’augmentation de la demande nationale réduit progressivement les capacités d’exportation du pays. « Plus la consommation interne augmente, plus elle réduit notre capacité d’exportation et notre marge de manœuvre financière », a-t-il affirmé, estimant que l’intégration massive des énergies renouvelables exige désormais une modernisation rapide des réseaux électriques.
À travers l’exemple d’un pic de chaleur estival, il a expliqué comment les technologies Smart Grid permettent de gérer en temps réel les fluctuations de la demande et les variations de production des centrales photovoltaïques. « Le Smart Grid n’est plus un concept théorique. C’est aujourd’hui un outil indispensable pour garantir la stabilité du système électrique », a-t-il souligné. Selon lui, les réseaux intelligents permettront également de réduire les pertes techniques, d’améliorer la qualité du service et d’optimiser l’intégration des nouvelles capacités solaires qui seront mises en service dans les prochaines années.
Par Zahir R.
