06/04/2025
ACTUALITEINDUSTRIE

Pièces de rechange: L’autosuffisance et l’exportation en ligne de mire

L’Algérie est déterminée à garantir sa souveraineté industrielle dans le secteur automobile, grâce à une mobilisation sans précédent des opérateurs économiques et un soutien institutionnel renforcé. Bien que les résultats ne soient attendus qu’à moyen terme, cette dynamique suscite un véritable espoir pour une industrie capable de rivaliser sur les marchés nationaux et internationaux. L’industrie automobile connaît un tournant majeur, marqué par la volonté d’intégrer davantage la production locale de pièces de rechange. Adel Bensaci, président du CNCPME et vice-président de la CIPA, a mis en avant les progrès réalisés lors de son intervention à la Chaîne 3 de la Radio nationale.

Intervenant dans l’émission « Invité du jour », Adel Bensaci a précisé que la cartographie des entreprises nationales spécialisées dans la fabrication de pièces de rechange automobiles suit son cours, sous l’impulsion du ministre de l’Industrie, Sifi Ghrieb. Ce recensement, mené notamment via le réseau « Bourse », couvre principalement l’Ouest du pays. Selon M. Bensaci, cette initiative vise à structurer un secteur longtemps fragmenté, réunissant divers acteurs tels que les constructeurs, les sous-traitants, les entreprises de mécanique de précision et les agences de soutien à l’investissement. Lors des premières réunions organisées par le ministère, la mobilisation a été impressionnante : « La salle était trop petite pour accueillir les 120 entreprises présentes, alors que beaucoup doutaient de l’existence de ces 200 fabricants d’équipements pour le secteur automobile », a-t-il souligné. Cette affluence témoigne de la richesse méconnue du tissu industriel national, désormais mise en lumière grâce aux efforts conjoints du ministère et des réseaux de sous-traitance.

La conformité et l’homologation des pièces de rechange sont au cœur de la démarche des autorités. L’un des défis majeurs réside dans le fait de garantir que les pièces produites respectent les normes internationales, telles que les normes ISO 16000, afin d’assurer la sécurité des véhicules et des usagers. « La certification ne se limite pas au marché local, elle s’étend également à l’exportation, car une pièce conforme est un gage de sécurité sur nos routes et d’attractivité sur les marchés étrangers», a expliqué l’intervenant. Pour soutenir cet effort, des partenariats stratégiques ont été établis avec des organismes comme Algerac pour l’accréditation et le CETIM (Centre technique des industries mécaniques) de Constantine. L’objectif est de renforcer l’infrastructure qualité, essentielle pour l’homologation des pièces produites localement.

En Algérie, la demande en pièces de rechange est d’autant plus pressante que le parc automobile est vieillissant, avec près de 50 % des véhicules ayant plus de cinq ans. « Le marché local doit être une priorité avant d’envisager l’exportation. Vous ne pouvez pas exporter si vous ne répondez pas d’abord aux besoins de votre propre marché. C’est une aberration », a martelé l’intervenant. Face aux pénuries récurrentes, la production locale apparaît comme une solution stratégique pour réduire la dépendance aux importations. Certaines entreprises, telles qu’une start-up d’Oran spécialisée dans le câblage et les faisceaux électriques, ont déjà été homologuées par de grands constructeurs comme Stellantis, illustrant la montée en puissance des PME algériennes dans ce secteur.

Si la priorité reste la couverture du marché intérieur, le président du CNCPME insiste sur l’importance d’orienter les entreprises vers l’exportation dans une seconde phase. « Une entreprise qui ne prévoit pas l’exportation est vouée à disparaître », a-t-il affirmé, soulignant que les premiers pas vers l’internationalisation ont déjà été amorcés, notamment avec l’exportation de pneumatiques. L’Algérie dispose d’atouts considérables pour se positionner comme un acteur clé en Afrique. La Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA) collabore avec l’Association africaine des fabricants du secteur automobile (AAAM) pour intégrer les PME algériennes dans le réseau automobile continental. Avec un marché africain en pleine expansion, estimé à 3 400 milliards de dollars de PIB et une demande pouvant atteindre 5 millions de véhicules par an, l’Algérie ambitionne de devenir un fournisseur majeur de composants automobiles. Toutefois, M. Bensaci reste réaliste face aux défis à surmonter. La structuration du secteur est encore en cours, et l’augmentation des capacités des PME demeure un processus long et complexe. Cependant, les efforts conjoints du ministère de l’Industrie et des acteurs privés témoignent d’une volonté collective de bâtir une filière solide et durable.

Par Mourad A.

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